Pour en finir avec le mythe du professionnel «chauffeur de taxi»

Dans son blogue du 1er février dans le Journal de Québec, M. Gilles Duceppe écrit qu’à son avis «les ordres professionnels posent beaucoup d’obstacles à la reconnaissance des diplômes acquis à l’étranger». Sur le même sujet et le même jour, l’ancien président de la Commission Bouchard-Taylor déclarait à la Presse canadienne le 1er février qu’il fallait faire en sorte qu’un professionnel formé à l’étranger (un médecin en l’occurrence) « ne soit pas contraint de « finir comme chauffeur de taxi » au Québec».

Ces propos traduisent une méconnaissance de la réalité, tant celle du processus de reconnaissance des compétences professionnelles par les ordres professionnels que des difficultés réelles des personnes immigrantes qui souhaitent exercer une profession réglementée au Québec.

Mais si les clichés ont la vie dure auprès de certains commentateurs, les faits documentés incitent à penser différemment.

D’abord, les chiffres : à l’heure actuelle, les ordres reçoivent près de 5 000 demandes de reconnaissance de compétences professionnelles par année. Or, la très grande majorité des demandes, soit près de 96 %, sont acceptées.

Ensuite, le processus : la reconnaissance des compétences professionnelles par les ordres est balisée par une loi, le Code des professions, et par des règlements – un pour chacun des ordres — approuvés par le gouvernement du Québec. Le Code et ces règlements existent pour protéger le public. Leur application par les ordres, sous la surveillance de l’État, vise à assurer la compétence et l’intégrité des personnes qui exercent une profession réglementée.

Maintenant, les difficultés : elles existent et parsèment le parcours du candidat immigrant, mais il faut correctement les cibler. Ainsi, près de la moitié des demandeurs font l’objet d’une reconnaissance partielle de leurs compétences et l’ordre concerné leur prescrit une formation d’appoint conformément à la réglementation en vigueur. Il est donc nécessaire de mieux accompagner ces personnes, notamment en maintenant le soutien financier gouvernemental auprès des collèges et des universités consacré à la formation d’appoint.

Il faut aussi trouver des solutions au manque de places en ce qui concerne les stages requis aux fins d’obtention d’un permis professionnel, particulièrement dans les domaines de la santé et des services sociaux. Pensons ici aux places de résidence pour les médecins. Or, la difficulté d’accès aux stages touche tous les candidats, ceux formés au Québec autant que ceux formés à l’étranger. La solution à cette difficulté est d’abord gouvernementale; elle devra être trouvée avec la collaboration de tous les acteurs impliqués, les ordres bien sûr, mais aussi les ministères concernés, les établissements concernés et, enfin, les employeurs.

Et puisque nous parlons de soutien financier, il est un aspect encore négligé : les exigences financières pour la personne qui engage dans un processus de reconnaissance de ses compétences. On parle ici du cout associé au traitement d’une demande et celui, lorsque requis, de la formation d’appoint. Il est temps, à notre avis, d’explorer une formule d’accès à des prêts pour les personnes engagées dans un processus de reconnaissance des compétences. La formule à petite échelle développée par l’organisme communautaire ACEM mérite qu’on s’en inspire.

Les recommandations du CIQ

La présidente du CIQ, Mme Diane Legault, a présenté en commission parlementaire, le 29 janvier dernier, nos recommandations pour améliorer la reconnaissance des compétences professionnelles. Nous vous invitons à lire notre communiqué ainsi que le mémoire présenté aux membres de la Commission des relations avec les citoyens dans le cadre des auditions publiques sur le document « Vers une nouvelle politique québécoise en matière d’immigration, de diversité et d’inclusion ».

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